Créer un mur de cadres façon cabinet de curiosités : choisir, encadrer et accrocher des gravures anciennes

Mur de cadres façon cabinet de curiosités

Planches botaniques, insectes épinglés sur papier, créatures fantastiques et cartes marines peuplées de monstres : le cabinet de curiosités revient dans nos intérieurs. Bonne nouvelle, recréer cette ambiance ne demande ni collection d’antiquaire ni budget démesuré. Il faut surtout de bonnes images, un peu de méthode et le bon matériel pour ne pas transformer son mur en gruyère.

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Le cabinet d’Ole Worm à Copenhague, frontispice du Museum Wormianum, 1655.

Le cabinet de curiosités, une tendance déco qui a quatre siècles

Aux XVIe et XVIIe siècles, savants, princes et apothicaires rassemblaient dans une pièce tout ce que le monde comptait d’étrange : coquillages, minéraux, animaux naturalisés, instruments scientifiques, cornes de « licorne » (en réalité des défenses de narval). Ces Wunderkammern, ou chambres des merveilles, sont les ancêtres de nos musées d’histoire naturelle.

Ces collections ont produit une iconographie foisonnante : planches naturalistes d’une précision stupéfiante, gravures sur bois et sur cuivre destinées aux premiers livres scientifiques, et surtout d’étonnants bestiaires. Les naturalistes de la Renaissance, comme le Suisse Conrad Gesner ou le Bolonais Ulisse Aldrovandi, lui-même propriétaire d’un fameux cabinet de curiosités, y décrivaient côte à côte le rhinocéros, le griffon et l’évêque de mer, sans toujours distinguer le réel du légendaire. Pour vous plonger dans cet univers et repérer les créatures qui habilleront vos murs, ce bestiaire illustré des créatures mythologiques et monstres marins est une excellente source d’inspiration : on y comprend vite pourquoi ces images traversent les siècles sans prendre une ride. 

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Domenico Remps, Cabinet de curiosités, fin du XVIIe siècle.

Choisir ses images : la cohérence avant tout

Un mur de cadres réussi repose sur un fil conducteur. Sans lui, l’ensemble paraît encombré plutôt que savamment désordonné.

Choisissez un thème ou une palette. Vous pouvez partir d’un sujet (botanique, insectes, oiseaux, créatures mythologiques, cartographie ancienne) ou d’une tonalité (gravures en noir et blanc, planches aquarellées aux teintes passées). Mélanger les deux fonctionne à condition de garder un élément commun, par exemple un même type de cadre.

Variez les formats. L’effet cabinet naît de la juxtaposition : une grande pièce maîtresse, deux ou trois formats moyens, plusieurs petites images. Prévoyez une image « star » qui attire l’œil en premier.

Soignez la qualité des fichiers. Si vous faites imprimer des reproductions, partez de scans en haute définition. Les grandes bibliothèques et Wikimedia Commons proposent de nombreuses œuvres du domaine public en très haute résolution. Comptez au minimum 300 dpi à la taille d’impression voulue pour éviter un rendu flou. Un papier mat, épais et légèrement texturé (type papier beaux-arts) rendra bien mieux l’aspect d’une gravure qu’un papier photo brillant.

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Maria Sibylla Merian, planche de la Métamorphose des insectes du Surinam, 1705.

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Albrecht Dürer, Rhinocéros, gravure sur bois, 1515.

Encadrer : le détail qui change tout

Uniformiser ou dépareiller ? Des cadres identiques (bois noir, laiton, chêne naturel) donnent un rendu ordonné, presque muséal. Des cadres chinés et dépareillés accentuent le côté collection accumulée au fil du temps. Une règle simple : si les images sont hétérogènes, unifiez les cadres ; si les images sont très cohérentes, vous pouvez vous permettre des cadres variés.

Le passe-partout, indispensable. Une marge blanche ou ivoire autour de l’image lui donne de l’air et un aspect « planche de musée ». Choisissez-le sans acide pour qu’il ne jaunisse pas l’estampe avec le temps, surtout s’il s’agit d’un original.

Le verre anti-UV pour les originaux. Une vraie gravure ancienne craint la lumière. Un verre filtrant les UV limite le jaunissement et la décoloration. Pour de simples reproductions, un verre classique ou un plexiglas antireflet suffit.

Pensez à la ventilation. Sur un mur donnant sur l’extérieur ou dans une pièce un peu humide, collez de petites butées en feutre ou en liège aux coins inférieurs du cadre. Ce léger décollement laisse circuler l’air et évite l’apparition de moisissures au dos. Si le mur est franchement humide, traitez la cause avant d’accrocher quoi que ce soit (voir nos articles sur le traitement de l’humidité).

Préparer le mur : identifier son support

C’est l’étape que l’on néglige le plus souvent, et celle qui cause le plus de dégâts. Avant de percer, tapotez le mur et, au besoin, faites un petit trou d’essai.

Plaque de plâtre (placo) : le mur sonne creux. Pour des cadres légers, un crochet X à clous fins suffit. Au-delà de quelques kilos, utilisez des chevilles métalliques à expansion (type Molly) ou des chevilles autoforeuses.

Béton : perçage dur, poussière grise. Il faut une perceuse à percussion, une mèche béton et des chevilles nylon classiques.

Brique creuse : la mèche « tombe » dans le vide après quelques millimètres. Préférez des chevilles longues à expansion spéciales corps creux et percez sans percussion au début pour ne pas faire éclater la brique.

Plâtre ancien ou carreaux de plâtre (fréquent dans l’ancien) : matériau friable. Percez doucement, sans percussion, et utilisez des chevilles adaptées aux matériaux tendres.

Avant tout perçage, vérifiez l’absence de gaines électriques ou de canalisations avec un détecteur de métaux et de câbles. Les gaines descendent généralement à la verticale des prises et interrupteurs.

Locataire ou mur fragile ? Les bandes adhésives repositionnables conviennent aux petits cadres légers (vérifiez le poids indiqué sur l’emballage). Pour une composition plus fournie, la cimaise reste la meilleure solution, et on peut aussi poser les cadres sur une console ou un meuble bas en les faisant se chevaucher.

Composer le mur sans multiplier les trous

1. Faites un essai au sol. Disposez tous vos cadres par terre et testez plusieurs agencements. Prenez chaque version en photo pour comparer.

2. Réalisez des gabarits. Découpez chaque cadre dans du papier kraft ou du papier journal, marquez dessus l’emplacement exact du point d’accroche, puis fixez les gabarits au mur avec du ruban de masquage. Vous pouvez ainsi ajuster la composition pendant quelques jours avant de percer à travers le papier.

3. Choisissez une logique d’alignement. Trois approches fonctionnent bien. La composition sur axe central aligne les centres des cadres sur une ligne horizontale imaginaire. La composition en grille, avec des cadres de même format, donne un effet planche d’herbier. La composition libre, plus proche d’un vrai cabinet, part de la pièce maîtresse et rayonne autour d’elle.

4. Respectez les bonnes mesures. Le centre visuel de l’ensemble se place autour de 1,50 m du sol, soit à hauteur des yeux. Au-dessus d’un canapé ou d’une console, laissez 20 à 30 cm entre le meuble et le bas des cadres. Gardez un espacement régulier de 5 à 8 cm entre les cadres : c’est lui qui donne l’impression d’ordre, même dans une composition libre.

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Le cabinet de Ferrante Imperato, gravure de 1599.

La cimaise : la solution des collectionneurs

Un cabinet de curiosités n’est jamais figé : on ajoute, on échange, on déplace. La cimaise permet justement de faire évoluer sa composition sans jamais repercer.

Le principe : un rail est fixé une seule fois en haut du mur ou au plafond, et les cadres y sont suspendus par des tiges en acier ou des fils nylon munis de crochets coulissants. On règle la hauteur de chaque cadre en quelques secondes.

La pose se fait en trois étapes : tracer une ligne parfaitement horizontale au niveau à bulle ou au laser, fixer le rail avec les chevilles adaptées au support (voir plus haut), puis clipser tiges et crochets. Vérifiez la charge maximale par tige et par mètre de rail, surtout avec des cadres en bois massif et verre.

Éclairer ses gravures sans les abîmer

Un bel éclairage transforme un mur de cadres en véritable galerie.

Privilégiez les LED, qui n’émettent quasiment pas d’UV et chauffent peu. Une température de couleur chaude (2 700 à 3 000 K) flatte les papiers anciens et les tons sépia. Un indice de rendu des couleurs (IRC) supérieur ou égal à 90 restitue fidèlement les teintes des planches aquarellées.

Pour l’installation, des spots orientables sur rail au plafond permettent de viser les pièces principales. Des liseuses murales ou des appliques au-dessus d’un cadre maître créent une ambiance plus intime, digne d’un bureau de naturaliste. Orientez la lumière à environ 30° par rapport au mur pour limiter les reflets sur le verre.

Évitez le soleil direct : c’est l’ennemi numéro un des estampes, même reproduites. Un mur perpendiculaire à la fenêtre est souvent le meilleur choix.

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Ernst Haeckel, planche des Formes artistiques de la nature, 1904.

Pour aller plus loin : compléter avec des objets

Le cabinet de curiosités ne se limite pas au papier. Quelques étagères étroites intégrées à la composition accueilleront coquillages, minéraux, cloches en verre, vieux livres ou bocaux. Fixez-les solidement (équerres et chevilles adaptées) et alternez cadres et objets pour donner de la profondeur au mur.

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Monstres marins de la Carta Marina d’Olaus Magnus, 1539.

En résumé : choisissez un fil conducteur, encadrez avec soin, identifiez votre support avant de percer, testez la composition avec des gabarits et misez sur un éclairage LED doux. Avec un peu de patience, votre mur racontera une histoire, celle d’une curiosité qui ne demande qu’à s’enrichir au fil des trouvailles.

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